Quelques feuilles d'autres Arbres de Vie se détachent et s'envolent
au pied du mien. Il n'y a pas de hasard !!!
Leurs textes sont là pour m'enrichir... fertiliser mon Arbre de Vie !
Je vous les propose ici...


Ce premier texte se rapporte à l'Arbre... Celui qui nous appelle lors de nos promenades.
Partageons nos énergies avec cet être vivant !!!...

L'Arbre

Tout seul,
Que le berce l’été, que l’agite l’hiver,
Que son tronc soit givré ou son branchage vert,
Toujours, au long des jours de tendresse ou de haine
Il impose sa vie énorme et souveraine
Aux plaines.

Il voit les mêmes champs depuis cent et cent ans
Et les mêmes labours et les mêmes semailles ;
Le yeux aujourd’hui morts, les yeux
Des plus lointains aïeux
Ont regardé, maille après maille,
Se nouer son écorce et ses rudes rameaux.
Il présidait tranquille et fort à leur travaux ;
Son pied velu leur ménageait un lit de mousse ;
Il abritait leur sieste à l’heure de midi
Et son ombre fut douce
À ceux de leurs enfants qui s’aimèrent jadis.

Dès le matin, dans les villages,
D’après qu’il chante ou pleure, on augure du temps ;
Il est dans le secret des violents nuages
Et du soleil qui boude aux horizons latents ;
Il est tout le passé debout sur les champs tristes,
Mais quels que soient les souvenirs
Qui, dans son bois, persistent,
Dès que janvier vient de finir
Et que la sève, en son vieux tronc, s’épanche,
Avec tous ses bourgeons, avec toutes ses branches,
- Lèvres folles et bras tordus –
Il jette un cri immensément tendu
Vers l’avenir.

Alors, avec des rais de pluie et de lumière,
Il fixe le tissu de ses feuilles trémières ;
Il contracte ses nœuds, il lisse ses rameaux ;
Il pousse au ciel vaincu son front toujours plus haut ;
Il projette si loin ses poreuses racines
Qu’il épuise la mare et les terres voisines
Et que parfois il s’arrête, comme étonné
De son travail muet, profond et acharné.

Mais pour s’épanouir et régner dans sa force,
Oh les luttes qu’il lui fallut subir, l’hiver !
Glaives du vent à travers son écorce,
Chocs d’ouragan, rages de l’air,
Givres pareils à quelque âpre limaille,
Toute la haine et toute la bataille,
Et les grêles de l’Est et les neiges du Nord,
Et le gel morne et blanc dont la dent mord,
Jusqu’à l’aubier, l’ample écheveau des fibres,
Tout lui fut mal qui tord, douleur qui vibre,
Sans que jamais pourtant,
Un seul instant,
Ne s’alentit son énergie
A fermement vouloir que sa vie élargie
Fût plus belle, à chaque printemps.

En octobre, quand l’or triomphe en son feuillage,
Mes pas large encor, quoique lourds et lassés,
Souvent on dirigé leur long pèlerinage
Vers cet arbre d’automne et de vent traversé.
Comme un géant brasier de feuilles et de flammes,
Il se dressait, tranquillement, sous le ciel bleu,
Il semblait habité par un million d’âmes
Qui doucement chantaient en son branchage creux.
J’allais vers lui les yeux emplis par la lumière,
Je le touchais, avec mes doigts, avec mes mains,
Je le sentais bouger jusqu’au fond de la terre,
D’après un mouvement énorme et surhumain ;
Et j’appuyais sur lui ma poitrine brutale,
Avec un tel amour, une telle ferveur,
Que son rythme profond et sa force totale
Passaient en moi et pénétraient jusqu’à mon cœur.
Alors, j’étais mêlé à sa belle vie ample ;
Je m’attachais à lui comme un de ses rameaux ;
Il se plantait dans la splendeur, comme un exemple ;
J’aimais plus ardemment le sol, les bois, les eaux ;
La plaine immense et nue où les nuages passent ;
J’étais armé de fermeté contre le sort,
Mes bras auraient voulu tenir en eux l’espace ;
Mes muscles et mes nerfs fendaient léger mon corps
Et je criais : « La force sainte.
Il faut que l’homme imprime son empreinte,
Violemment, sur ses desseins hardis :
Elle est celle qui tient les clefs du paradis
Et dont le large poing en fait tourner les portes. »
Et je baisais le tronc noueux, éperdument,
Et quand le soir se détachait du firmament
Je me perdais, dans la campagne morte,
Marchant droit devant moi, vers n’importe où,
Avec des cris jaillis du fond de mon cœur fou.

Extrait de « La multiple splendeur » d'Émile Verhaeren


J'ai aussi envie de partager avec vous ce poème de Pablo Neruda qui m'a été adressé.
Lors de sa lecture j'ai constaté le parcours de VIE que j'avais effectué.
Ainsi je me retrouve dans le dernier paragraphe et je peux dire : JE VIS !

Il meurt lentement celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n'écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les cœurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!
Risque-toi aujourd'hui!
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement!
Ne te prive pas d'être heureux!



Photos d'un des 4 arbres qui ont été assassinés dernièrement au bas de notre Grande Tour.
Ils accompagnaient nos promenades au bord du Rhône. 1 seul avait ses feuilles-coeurs !
Message d'Amour avant sa fin ?...